Sunday 13 September 2026
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Musique

Nemo : créer au-delà des catégories

Une conversation sur la liberté artistique, l’identité et l’invention d’un langage personnel.

Par la rédaction Hypevixa5 min de lecture
Artiste suisse dans un studio de musique coloré

Nemo Mettler s’est imposé sur la scène européenne en 2024 avec The Code, une chanson qui lui a permis de remporter le Concours Eurovision de la chanson pour la Suisse. Cette victoire a marqué un moment important pour la délégation suisse, mais aussi pour la représentation des identités non binaires dans un événement musical suivi par des millions de personnes.

Né à Bienne en 1999, Nemo a grandi dans un environnement suisse marqué par le plurilinguisme et la diversité culturelle. Très tôt, iel s’est intéressé·e au chant, au rap, à la composition et à plusieurs instruments. Cette formation multiple se retrouve dans une musique difficile à enfermer dans une seule catégorie.

Une musique construite sur le mouvement

The Code associe des passages de rap, des éléments pop, une écriture orchestrale et des changements de rythme très marqués. La chanson raconte un parcours intérieur, avec ses périodes de doute, ses contradictions et la recherche d’un équilibre personnel. Plutôt que de suivre une structure musicale uniforme, Nemo fait alterner les intensités et les couleurs vocales.

Cette manière de composer correspond à une volonté de dépasser les frontières habituelles entre les genres. Le rap, la pop, la musique classique et la performance scénique ne sont pas présentés comme des univers séparés, mais comme des outils complémentaires. La composition devient ainsi un espace d’exploration, où chaque rupture peut avoir une fonction expressive.

Créer sans se laisser réduire à une étiquette

Le parcours de Nemo est également lié à une réflexion sur les catégories. Iel s’est publiquement identifié·e comme une personne non binaire et utilise notamment le pronom « they » en anglais. En français, les formulations peuvent varier selon le contexte et les préférences exprimées. Employer un langage respectueux implique de ne pas réduire l’artiste à cette identité, tout en reconnaissant son importance dans sa trajectoire publique.

Le refus des catégories trop étroites ne signifie pas l’absence de repères. Il s’agit plutôt de laisser une personne définir elle-même la manière dont elle souhaite être présentée. Dans le cas de Nemo, cette liberté concerne à la fois l’identité, le style musical et la façon de se tenir sur scène.

La scène comme lieu de liberté

Lors de sa prestation à l’Eurovision 2024, Nemo a utilisé la scène comme un espace en mouvement. La mise en scène reposait sur une grande structure circulaire, dont l’inclinaison accentuait les changements de rythme et les contrastes de la chanson. Les déplacements, les gestes et la voix participaient au même récit.

Cette performance demandait une grande maîtrise technique. Il fallait chanter tout en conservant une précision rythmique et une présence scénique forte, malgré les changements rapides de registre. La chorégraphie ne servait donc pas uniquement à accompagner la chanson : elle prolongeait son thème central, celui d’un parcours instable qui cherche une forme d’harmonie.

Une visibilité internationale aux effets contrastés

La victoire de 2024 a donné à Nemo une visibilité internationale considérable. Elle a aussi replacé la Suisse au centre de l’attention du concours, après plusieurs années durant lesquelles ses résultats avaient été variables. Pour un artiste qui travaille sur la singularité et la liberté de création, cette exposition représente à la fois une reconnaissance et une nouvelle responsabilité.

Une audience plus large peut ouvrir de nouveaux espaces de création, mais elle peut également encourager les attentes répétitives. Après un succès aussi identifiable que celui de The Code, le risque serait de demander à Nemo de reproduire une formule déjà connue. Or, la cohérence de son parcours repose précisément sur l’expérimentation et sur la possibilité de changer de direction.

La liberté artistique ne consiste pas à ignorer le public. Elle consiste à maintenir un dialogue avec lui sans abandonner la recherche personnelle. Pour Nemo, cette recherche passe par des compositions qui mélangent les styles, par une interprétation physique et par une volonté de parler de l’identité sans fournir une définition unique de l’expérience humaine.

Un parcours suisse ouvert sur le monde

Le succès de Nemo rappelle aussi la diversité de la scène musicale suisse. Le pays ne se résume pas à une seule tradition linguistique ou artistique. Des villes comme Bienne, situées au croisement de plusieurs cultures, peuvent nourrir une sensibilité particulièrement attentive aux nuances, aux passages et aux identités multiples.

En portant une proposition musicale personnelle sur une scène internationale, Nemo a rendu visible une autre manière de représenter la Suisse : une Suisse plurielle, inventive et capable d’accueillir des parcours qui ne correspondent pas aux classifications habituelles. Cette dimension dépasse le résultat d’un concours. Elle concerne la place accordée aux artistes qui souhaitent créer selon leurs propres règles.

Ce que la création peut encore ouvrir

Le travail de Nemo invite à considérer la chanson comme une forme narrative complète. La voix, les mots, les instruments, le rythme et la mise en scène peuvent raconter ensemble une évolution intérieure. Dans cette perspective, la musique ne sert pas seulement à transmettre une mélodie : elle permet de rendre sensibles des expériences parfois difficiles à résumer.

Au-delà des catégories musicales et des étiquettes identitaires, l’essentiel réside peut-être dans cette capacité à rester en mouvement. Nemo a transformé une visibilité internationale en occasion de défendre une création personnelle, sans prétendre parler au nom de toutes les personnes non binaires ni réduire son art à un seul message.

Son parcours rappelle enfin qu’une carrière artistique ne se construit pas uniquement autour d’une victoire. Elle se poursuit dans les choix qui suivent : les thèmes abordés, les formes explorées et la manière de préserver une voix singulière lorsque le regard du public devient plus intense.

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